Conclusion
Ce parcours à travers la Karozoutha de Jean est relativement troublant, et il serait malhonnête de ne pas se l'avouer... Nous avions déjà vu chez Luc et Marc des beaux damiers sur lesquels on pouvait jouer du début à la fin. Il en est de même chez saint Jean, mais nous avons un niveau supplémentaire de damiers dans les damiers ! La question qui vient à tout le monde est : Comment est-ce possible? Beaucoup d'exégètes modernes vous diront sans sourciller que c'est écrit... (certains même, rajouteront en grec !). Si vous voulez contempler cette Karozoutha dans les moindres détails, il vous faudra imprimer les 9 damiers sur du A4 en paysage et les mettre les uns en dessous des autres. À peine aurez-vous finir de lire le 3ème et que vous serez passés au 4ème, que vous aurez déjà oublié le 1er... Le constat est simple. Certains disent (je caricature à peine) que les 12 étaient des paysans ignares. Nous nous rendons compte en vérité qu'en ce XXI ème siècle, nous sommes complètement arriérés... Le passage de l'oral à l'écrit à commencé à nous faire régresser, et le passage aux écrans a fini le travail, si bien que nous ne parvenons à retrouver la structure de la Karozoutha de Jean que maintenant... Du papier peut contenir les 9 damiers, mais l’œil ne peut les lire ensembles et en un même instant. Le cœur quant à lui (siège de la mémoire dans la culture hébraïque), le peut ! Jean-Marie ROUSSEAU commentait le Père Jousse :
"Pour Marcel Jousse, le passage d'une tradition orale – vivante, corporelle et mimétique – à la civilisation du livre a
constitué un premier traumatisme anthropologique. En fixant la parole sur le papier, l'humain se serait
déchargé de sa mémoire vivante. Le livre est devenu un substitut mécanique du savoir."
Chroniques joussiennes – N° 14 – Jean-Marie ROUSSEAU – Le Scribe Parfait – 16 octobre 2026
Difficultés principales rencontrées (propre à saint Jean):
- Sans trop rentrer dans les détails, il faut mentionner d'abord la principale difficulté pour retrouver les damiers chez saint Jean. Contrairement aux autres, saint Jean se "permet" certaines "libertés" pour la place des mots dans les perles. Par exemple si un mot se trouve en "case" impaire, on ne le retrouvera qu'en case impaire tout le long du damier. Parfois, Jean fait des entorses à ce "règlement" et l'on trouve (heureusement rarement) le même mot dans 2 cases (paires et impaires) différentes qui se suivent. On a comme l'impression que les perles sont brodées et que l'on ne peut les séparer. Cela pourrait probablement provenir d'un style oral midrashique plus élevé que la moyenne car saint Jean est le disciple des entrailles (celui qui prend la suite du Rabbi-Yeshoua) et son niveau est rabbinique. Il serait enrichissant de se rapprocher de juifs composant encore oralement et ayant ce niveau (s'ils existent encore) pour nous confirmer cette hypothèse.
- Nous avons aussi une difficulté que nous devons bien garder en tête. Jean a mémorisé plusieurs perles reçues de différentes personnes. Par exemple dans la prière "sacerdotale" Jésus fait le choix de mettre le mot "gloire" en perle impaire. Jésus a fait apprendre par cœur cette perle à Jean, qui tout au long de son évangile place le mot "gloire" en perle impaire, fidèle à son Rabbi. Mais pour la "résurrection de Lazare", la perle vient très probablement de Marthe qui a composé sa perle avec le mot "gloire" en perle paire, d'où cette place dans tout ce damier. Nous comprenons donc qu'il est relativement difficile et acrobatique de jouer aux dames sur les 9 damiers pour exactement tous les mots.
Je conclurai en vous rappelant que mon travail n'est pas un commentaire de l'évangile de saint Jean (cela, beaucoup peuvent le faire), mais de retrouver sa structure telle que Jean l'a composé. Je réitère mon invitation pour améliorer le détail des colliers et des perles (l'agencement des colliers entre eux, comme nous l'avons vu, étant difficilement discutable).
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