LA PERLE

 

La perle en oralité est l'élément le plus petit, insécable, de paroles qui forment un ensemble qui a un sens. Par exemple " et alors" n'est pas une perle (ou micro perle en l’occurrence) car aucune idée forte, ni mot fort. Néanmoins, une perle peut quand même être toute petite comme par exemple la perle de Lc 3,23a : "Jésus avait environ trente ans lorsqu'il commença son ministère" qui est la première perle de la généalogie de Jésus. Une perle présente une structure, c'est-à-dire qu'il y a en général un centre avec autour des éléments symétriques (par rapport au centre) qui se répondent. En général, ce sont directement les mots qui se répondent, mais ça peut aussi être une idée ou un thème.

 

En pratique sur le site, nous retrouvons le détail des perles dans les fichiers Excel et elles sont présentées en colonne. Voici un exemple de perle facile Mt 8,1-4. Nous voyons le centre : verset 3a. Puis autour de ce centre en symétrie le v. 2 avec le v. 3b où l'on retrouve des mêmes mots en couleurs. Enfin le v.1 et le v.4 se répondent au niveau du thème. Ce qui est en bleu au niveau du sens sont deux "opposés" : Au v.1 les foules suivent Jésus, alors qu'au v.4 Jésus dit au lépreux guéri de n'en parler à personne, il souhaite passer inaperçu, l'inverse des foules qui le suivaient. Sur ces v.1 et v.4, on peut déjà montrer un exemple de l'importance de l'araméen. Nous avons "ce qu'a prescrit Moïse" au v.4. On pense évidemment en lisant cela à la Loi de Moïse : la Torah. Au v.1, nous avons "montagne" qui en araméen se prononce comme le mot "Torah" même s'il ne s'écrit pas de la même manière. Des finesses comme celles-ci à partir de l'araméen permettent de confirmer que le découpage de notre perle est correct. Dans certains cas lorsque les perles sont difficiles à déterminer, il est important de se rapprocher au maximum de l'ordre des mots araméens quand on les traduit en français.

 

Nous venons de voir ce qu'était une perle. Il est important de souligner que c'est la base puisque l'on travaille directement sur la Parole (en l’occurrence le texte biblique). Dans la démarche pour trouver une structure biblique, on commence donc par le premier verset et l'on fait défiler chaque verset. Se dégagent alors progressivement des perles dont on trouve la structure comme l'exemple ci-dessus. 

Vous comprendrez donc que quiconque ne présente pas le détail de ces perles (les versets bibliques: la Parole) empêche les autres personnes de corriger son travail ou de collaborer avec lui. 

LE COLLIER

 

Maintenant  que nous avons vu précisément ce qu'était une perle, voyons ce qu'est un collier. Comme son nom l'indique, c'est un ensemble de perles. Nous avons pour un collier, sauf cas extrêmement rare, une perle centrale avec des perles autour qui se répondent. En fait, c'est comme la structure d'une perle, mais ceci ce produit au niveau au-dessus, c'est-à dire entre perles.

Voici par exemple la représentation d'un collier simple en 5 perles. En pratique on le représente à la verticale comme ci-dessous, puis dans un "tableau" pour des soucis informatiques.

 

 

Un collier 5 perles peut aussi se représenter sur une main avec le pouce et l'auriculaire qui se répondent ainsi que l'index et l'annulaire. Le centre est le majeur. Le "comptage une main" fait parti du b. a.-ba en oralité, on se sert de ses mains pour compter dans beaucoup de cultures différentes, c'est universel.

Pour ce type de collier et de représentations nous pouvons avoir comme nombre impair de perles : 1 ou 3 ou 5 ou 7.

La menorah

 

Pour 7 perles disposées comme cela, nous appelons cet ensemble une menorah. La menorah est le chandelier à 7 branches qui brille dans le Temple. Elle a une particularité. Parfois, nous constatons que ses perles 1 et 3 se répondent et qu'elles ont comme centre la perle 2. Pareillement du côté droit de la menorah, les perles 5 et 7 se répondent et ont comme centre la perle 6.

Il faut être très vigilants avec les colliers à 7 perles pour affirmer que ce sont des menorah. Beaucoup en effet, ont pris le réflexe de dire "menorah" dès qu'ils voient un septénaire, et cela fait des désastres notamment pour le livre de l'Apocalypse. Dans l'Ap, que nous avons détaillé sur ce type, on voit que sur les 4 septénaires, il n'y a pas une seule menorah! D'ailleurs, dans ces septénaires (constitués de 7 entités), on s'aperçoit dans l'Ap que nous n'avons pas forcément  "1 entité" = "1perle". Le problème, comme nous l'avons évoqué au début, c'est que la plupart ne travaillent pas sur le détail des perles (la Parole en elle-même) mais parfois sur des titres ajoutés par les auteurs dans les bibles...

Par exemple, le "septénaire des Églises" dans l'Apocalypse se présente comme tel (détail sur le site) :

C'est ce que l'on appelle un collier à pendentifs (3 pendentifs qui sont 3 petits colliers). Ici la particularité, c'est que le pendentif central a une seule perle (perle 4), et qu'elle est centrée avec la perle 2 et la perle 6. Pour ce cas là, cette disposition est confirmée car les perles 1 et 5 se répondent aussi, ainsi que les perles 3 et 7. Pour ce cas dans l'Apocalypse, le facteur déterminant était que les perles 2, 4 et 6 se répondaient, ce qui infirmait l'hypothèse de la menorah. Ceci était confirmé avec les échos (en l’occurrence mêmes mots) entre les perles 1 et 5, que l'on ne voient jamais dans une menorah.

 

Voyons maintenant le collier à 10 perles dont vous devinez la teneur. En effet, c'est un " comptage 2 mains " . Il y a deux possibilités de "comptage 2 mains", soit en changeant de main on reprend sur le pouce, soit on reprend sur l'auriculaire. Les schémas sont plus parlant. Nous mettons aussi à côté la manière de représenter plus facilement pour nous avec l'informatique, sous forme de tableaux.

"Comptage 2 mains en reprenant par le pouce

 

"Comptage 2 mains en reprenant par l'auriculaire"

2 possibilités de représentation en tableaux selon notre convenance

 

Le parcours en colimaçon

 

Le parcours en colimaçon concerne les colliers de 9 perles.

Nous en avons deux dans la structure de l'Évangile de saint Matthieu qui sont justement en échos-symétrie ( sur l'annulaire main droite sur notre site dans Mt). Une perle peut aussi être construite de cette manière, nous en donnerons un bel exemple.

 

 

Le principe est relativement simple une fois que nous l'avons sous les yeux. Il suffit de disposer les 9 perles comme sur le schéma ci-contre. Nous constatons que la dernière perle (perle 9) se retrouve au centre. Le centre des colimaçons est toujours très "fort". Par conséquent, lorsque une perle a une fin qui semble très profonde avec des paroles fortes, on est légitimement en mesure de se demander et de chercher si c'est un parcours en colimaçon. On s'aperçoit alors pour un "colimaçon classique", que nous avons des échos en lignes et en colonnes (lignes en fond bleu sur le schéma).

Nous pouvons trouver aussi des colimaçons qui ont des échos en diagonales. Prenons l'exemple de Mt 26,26-29 de l'institution de l'Eucharistie. Nous voyons que ça forme un X (c'est le taw dernière lettre en ancienne écriture de l'araméen) qui symbolise la fin, et que nous avons aussi un + qui est la croix du Christ, autrement dit le signe du Salut.

Ce colimaçon de l'Eucharistie, c'est donc le "Salut aux fins dernières"!

Nous pouvons au passage ici, rappeler l'importance de respecter l'ordre des mots par rapport à l'original araméen. Comme vous le voyez, la moindre petite inversion de mots dans ce colimaçon de l'institution de l'Eucharistie, ne rendra pas compte de cette structure.

 

 

 

 

 

Par mesures de précaution si certains n'ont pas bien compris, nous représentons ci-contre le schéma d'un COLLIER À PENDENTIFS avec les couleurs qui montrent les échos entre perles :

ÉCHOS ENTRE COLLIERS

 

Maintenant que nous avons vu les différents types de colliers, voyons maintenant comment les colliers se disposent entre eux. Nous rentrons donc maintenant dans les structures finales de nos livres bibliques où nous voyons tout l'ensemble.

Écho de base : 2 colliers

 

C'est le cas où deux colliers se répondent perle à perle. Le cas que nous venons de voir du "comptage 2 mains" en est l'exemple parfait. Maintenant, pour des soucis de visibilité, nous allons représenter les colliers sous forme de carré. Ainsi, les schémas suivants sont équivalents : 

Échos dans le cas de 3 colliers

 

Nous rentrons maintenant dans les cas classiques avec 3 colliers. Les colliers A et C sont en échos, et le collier B est le collier central de l'ensemble ABC. Représentation : 

Disposition pour 4 colliers

 

 

Le chiffre 4 a une seule signification dans la culture hébréo-chrétienne. Ce sont les 4 points cardinaux, donc cela représente toute la surface de la terre. Leur disposition se présente donc de la même manière, avec 4 directions différentes, que l'on représente en carré. Ce type de carré, commence donc à faire apparaître un petit filet (dont nous allons parler après) où apparaissent les échos en colonnes et en lignes, plus ou moins forts selon les lignes ou colonnes.

Parfois, les échos sont très forts aussi bien en lignes qu'en colonnes, et peuvent même faire apparaître des échos en diagonales comme représentées. Il faut noter qu'arrivés à ce stade, pour les occidentaux, on se demande comment une telle composition orale est possible, et l'émerveillement prend place (le parcours en colimaçon est aussi de haut niveau de composition orale).

Pour 4 colliers, il est aussi nécessaire de signaler une disposition, qui même si elle est extrêmement rare, peut quand même être rencontrée. Elle est rare car elle ne fait pas apparaître de centre et ne fait pas apparaître la signification du 4 (4 points cardinaux).

Disposition pour 5 colliers et 7 colliers

 

Pour 5 colliers, il s'agit de la disposition "1 main" comme pour les 5 perles, vue précédemment. Pour 7 colliers, il s'agit d'une disposition en menorah comme déjà vue, ou des autres possibilités présentées avant avec les perles (3+1+3).

 

Disposition en filet

 

Nous avons commencer à percevoir un peu pour les 4 colliers ce qu'était un filet. En fait, il s'agit bien d'un filet de type pêche avec des verticales et des horizontales. On trouve en effet, des échos dans les deux sens. Ce sont même en général plus que des échos. En effet, nous trouvons des thèmes et mots forts et au fur-et-à-mesure que l'on avance dans les colonnes et les lignes, on trouve une progression. Le filet est donc en quelque sorte tout un enseignement qui se révèle en lignes et colonnes, elles-mêmes en échos entre-elles. Attention, ci-contre un exemple en 3 X 3, mais le nombre de colonnes et de lignes peut tout à fait être différent comme par exemple 3 X 5.

Les damiers

 

 

Nous arrivons enfin, au terme des dispositions possibles. Nous concluons donc avec le damier. Le damier est très proche du filet mais il faut ajouter qu'apparaissent des diagonales. Par exemple pour le 3 X 3 précédent, nous avons ceci :

Un damier, comme un filet n'a pas forcément le même nombre de lignes et colonnes. Les diagonales en échos sont donc toujours selon les "coins" du damier et parfois avec le centre. Exemple, plus parlant en images : A // O et K // E, axe central CHM, centre H. Échos aussi en filet et symétrie par rapport à l'axe central. La symétrie peut aussi se faire par l'axe horizontal FGHIJ

Dernier exemple, car il faut un dernier ! les possibilités sont en effet inépuisables, et nous ne montrons que les cas les plus courants. Ici, nous représentons un damier qui fait aussi apparaître des centres intermédiaires avec des carrés en 3 X 3 de chaque côté de l'axe central, centres en échos. Nous comprenons alors pourquoi cela s'appelle un damier. Sur cet exemple nous ajoutons aussi une sortie. Pour des raisons de visibilité, nous ne remettons pas tout le fond coloré du schéma précédent, mais il faudrait le superposer. Néanmoins la couleur des colliers fait apparaître les détails supplémentaires.

 

[La sortie peut être à la fin (elle l'est en général), mais nous pouvons aussi avoir une "sortie de damier" sur un côté qui va donner à la structure globale l'effet d'une poêle avec un manche qui sort.]

Si cette présentation sur les damiers est un peu floue pour certains, elle est présentée un peu différemment sur la structure du Psautier. Vous pouvez donc vous y reporter pour des travaux pratiques sûrement plus éclairants !

RÈGLES D'ORALITÉ SUR LA CHRONOLOGIE

 

Il faut maintenant donner quelques explications sur la chronologie en oralité. Ceci est primordial car cela permet d'éviter d'arriver à des conclusions telles que "les évangélistes se contredisent dans leurs chronologies". Ces conclusions commencent à être relativement inquiétantes et ne l'oublions pas, peuvent égarer des fidèles dans leur Foi, voire les faire quitter l'Église Catholique.

La règle est simple et nous allons prendre l'exemple sur un collier en pendentif : Chaque première perle des pendentifs du collier respecte l'ordre chronologique (pas de retour en arrière dans le temps). De même, toutes les perles d'un même pendentif respectent l'ordre chronologique (pas de retour non plus). 

Par exemple, sur le collier en pendentifs suivant, les perles 1, 4 et 5 (premières perles des pendentifs), doivent respecter l'ordre chronologique. 

Sur le 1er pendentif, les perles 1, 2, 3 doivent respecter la chronologie.

Le 2ème pendentif n'a qu'une perle ici.

Sur le 3ème pendentif, les perles 5, 6, 7 doivent respecter la chronologie.

On ne semble pas voir de problèmes. Néanmoins, on peut avec ces règles arriver par exemple avec une perle 3 qui est chronologiquement après les perles 4, 5, 6 et 7. 

Il s'agit pourtant d'un "phénomène" tout à fait naturel que nous utilisons quand nous faisons des digressions. Ensuite, nous reprenons le fil conducteur qui est la droite horizontale au-dessus (sur le schéma ci-dessus), fil du collier que l'on attache autour du cou. En reprenant ce fil, on recommence sur la première perle du pendentif suivant. L'expression en français "j'ai perdu le fil" reflète exactement cette réalité. Prenons un exemple concret sur ce collier à pendentifs : 

Le fil conducteur, c'est un bout de semaine au monastère dans l'ordre chronologique. À la perle 1 (1ère perle du 1er pendentif), on est au mercredi. À la perle 4 (1ère et seule perle du 2ème pendentif), on est au jeudi matin. À la perle 5 (1ère perle du 3ème pendentif), on est au jeudi midi. L'ordre chronologique des premières perles de chaque pendentif est donc respecté. Quand on regarde le 1er pendentif l'ordre chronologique est respecté et on constate qu'on fait un saut dans le temps (pas en arrière!) jusqu'au lendemain du jour où le compositeur raconte son histoire (10 ans après). L'ordre temporel est donc bien respecté. Quand on regarde le 2ème pendentif qui n'a qu'une seule perle, la perle 4 pas de problème chronologique puisqu'elle est seule et bien temporellement après la perle 1. Pourtant chronologiquement, elle est avant la perle 3! Idem pour le 3ème pendentif. La perle 5 est bien temporellement après la perle 4. Sur ce 3ème pendentif l'ordre chronologique est aussi bien respecté. Mais les perles 5, 6 et 7 sont pourtant temporellement avant la perle 3. Nous voyons donc que sur cet exemple, nous avons bien respecté les règles chronologiques de l'oralité. Reste à ne pas perdre le fil!