Livre du prophète Jonas - Yawnan

 

 

Le prophète Jonas est relativement bien connu avec sa "petite histoire de baleine", terme qui en réalité n'est pas spécifié. Nous avons en araméen : "poisson" (nuna). Ce qui gravite autour du poisson dans ce livre reste, en général, relativement flou pour nous car nous ne voyons pas trop de cohérence et les réactions de Jonas sont plus que surprenantes. 

 

 

La structure du livre nous offre de comprendre en profondeur ce "petit prophète" qui est en réalité un géant au vu de ce qui nous est présenté. Nous allons essayer de donner les grandes lignes et quelques clés de compréhension. Pour la suite, à chacun de contempler et ruminer ce trésor, source intarissable de Vie.

 

Détail des colliers et de leurs perles :

3 grandes clés de compréhension : 

 

I. Le filet de la Parole

 

Comme nous le voyons sur la structure ci-dessus, nous obtenons une lecture en 3 colonnes qui sont 3 colliers. Pour schématiser: 1 sur mer, 1 au shéol dans les profondeurs, 1 sur terre.

De plus, sont représentés en couleurs la lecture en 5 lignes par thèmes qui se répondent par couleurs, avec un centre.

L'oralité appelle ce type de structure un filet car c'est justement la forme d'un filet. Est-ce étonnant que le livre du prophète Jonas soit un filet? Évidence, même pour un non-initié en oralité !

Il faut cependant préciser la symbolique du filet en araméen et dans la culture hébraïque. Le filet est le symbole de la Parole, celle de Dieu. Le filet/Parole est jeté dans la mer (symbole du mal mais aussi symbole du monde). Ce filet va rassembler les poissons (nous), et nous sommes hissés jusque dans la barque ou sur le rivage (lieu sûr qu'est l'Église du Christ). 

Nous retrouvons bien tous ces éléments dans ce livre. 

II. Jonas, un personnage excentrique?

 

À première vue, Jonas nous semble être une girouette ou un enfant capricieux qui se fâche quand il faut se réjouir, qui désobéit et une fois puni par Dieu finit par l'écouter etc... 

C'est la structure qui nous permet de comprendre ce qu'il en est. Quand on observe précisément, A et C sont opposés quant aux comportements de Jonas. En effet, Jonas se lève et fuit en A, puis il se lève et fait ce que Dieu lui dit en C à Ninive. En A il refuse de prier, même sur demande du capitaine, et en C il prie. En A, il s'offre en sacrifice pour sauver l'équipage, en C il est irrité par le "ricin sacrifié" qui touche au refus de son propre sacrifice pour Ninive. En A, son sacrifice en étant jeté à la mer, procure le Salut et en C il est fâché du Salut de Ninive. Pourquoi tous ces contraires? D'abord, il faut préciser que Jonas signifie "colombe". On comprend tout de suite les échos avec le "Déluge" et "l'arche de Noé". Nous avons donc une colombe qui va et fait demi-tour (sens contraire), d'où un Jonas qui fait exactement le contraire entre A et C. On peut noter le petit détail qui enfonce le clou avec la joie qu'il éprouve avec le ricin, en écho avec le rameau d'olivier que la colombe ramène, signe de vie sur terre! (la vie est bien revenue dans Ninive qui s'est convertie). Au passage, il est intéressant de remarquer que dans le collier C l'écho pour le ricin qui sèche, c'est tout Ninive qui jeûne et ne boit pas d'eau!

Reste à donner une explication sur la gauche et la droite. Il y a 2 sens à la gauche et à la droite. Donnons d'abord le premier sens ici : la droite c'est le Bien et la gauche le Mal. C'est bien ce que nous voyons sur le collier A de gauche où le terme de "méchanceté" apparaît dès le début. Nous sommes aussi sur la mer, symbole de mort et du mal. On peut ajouter que les marins font le mal puisqu'ils invoquent au début leurs faux dieux. Dans le collier de droite C, les ninivites croient en Dieu rapidement et font le bien par un jeûne. Ils sont évidemment sur la terre, lieu sûr et bon, et Dieu leur procure le Salut. Ils se sont donc réellement convertis. Ces distinctions gauche/droite ne sont pas un hasard et la clé de compréhension apparaît textuellement à la fin: "plus de 120000 hommes qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche". C'est précisément qu'ils ne savent pas distinguer le Bien du Mal. Jonas en est l'exemple parfait car même le bien qu'il faisait en A, il ne le fait plus en C.

Nous en arrivons donc au centre B où Jonas est au Shéol (ventre du poisson). Dans la Tradition catholique de l'Église de l'Orient, le Shéol est le lieu où l'on est enseigné sur Dieu (notamment pour ceux qui n'ont pas connu le Christ durant leur vie terrestre). C'est pourquoi l'âme/gorge n'est pas passive au Shéol. La napsha (âme/gorge, le terme apparaît en B) dans l'anthropologie hébraïque, c'est ce qui nous met en relation avec les autres (nous recevons le souffle de vie par la gorge et nous émettons des paroles par elle). Donc notre napsha au Shéol nous permet de connaître Dieu. Étant ainsi enseigné par Dieu au Shéol (pouvant ainsi distinguer le Bien du Mal), Jonas y exécute tout parfaitement dans le Bien : en B, il accepte de descendre au fond du ventre du poisson (obéissance à Dieu), il prie, il promet le sacrifice, puis il l'exécute et obtient le Salut. La lecture de ce livre ne se fait donc pas forcément au fil du texte dans une lecture linéaire mais peut aussi se faire entre ses deux extrémités A et C, et B son centre.

 

III. Dieu au centre

 

Concluons maintenant par nos centres qui concerne Dieu et son identité. Il faut dans ce cas se placer comme sur la croix de l'Apocalypse quant au sens pour distinguer la gauche et la droite (même sens qu'en médecine, donc sens iversé) et se mettre à la place du Christ. Nous constatons qu'apparaît alors le deuxième sens de la gauche et de la droite concernant Dieu. Dans la culture hébraïque, la droite symbolise aussi la justice / le droit, et la gauche symbolise la miséricorde. C'est bien ce que nous avons à droite (A) où Dieu est reconnu par Jonas comme le Dieu des cieux qui a fait la terre et la mer. C'est donc le Dieu Créateur qui est maître sur l'univers (Il calme même la tempête). Il montre sa justice car dès que Jonas est jeté à la mer, Il apaise la tempête car Jonas lui avait désobéi. Nous voyons donc un Dieu, vrai-Dieu, maître sur le cosmos, transcendantal. À gauche, nous découvrons le vrai-Homme avec Dieu reconnu par Jonas comme compatissant, lent à la colère, miséricordieux, riche en bonté et se repentant du mal. Ce sont des traits humains que Dieu accomplit en plénitude et en perfection, mais que tous les hommes sont appelés à viser. Nous avons donc Dieu : vrai-Homme et vrai-Dieu (2 natures du Christ). Ceci est confirmé par le centre B où Dieu est Vie (Haya avec H: heth, terme apparaissant plusieurs fois dans ce centre B). Dieu est donc la Vie (confirmé par ce que dit de lui Jésus dans les évangiles), vrai-Dieu et vrai-Homme. Enfin, nous avons vu A et C (côtés de la croix) qui touchent au Salut des hommes (marins et ninivites), et B le centre (verticale de la croix) touche à l'humilité de Dieu qui vient habiter parmi nous (2 fois "Temple Saint" dans B avec sa présence-shekina dans le Saint des Saints), et abaissement en descendant au Shéol où Jésus va enseigner les âmes/gorges et leur ouvrir les portes du Royaume.

 

BILAN 

 

Au terme de ce petit parcours, nous comprenons pourquoi Jésus cite le prophète Jonas "3 jours et 3 nuits dans le poisson" pour parler de Lui. C'est exactement (pour le centre B) ce qu'Il va vivre en perfection lors de sa Passion-Mort-Résurrection en passant par le Shéol. Ce livre nous montre qui est Dieu (Jésus) : un Dieu juste (droit), miséricordieux (gauche) et qui est la Vie (centre).